Réaliser un champ fleuri

 

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Réaliser un champ fleuri par ensemencement à la volée

 Par Christine Landry

Autrefois

Mais où sont rendus nos champs fleuris, les terrains vacants aux couleurs inouïes ?  Où sont cachées les étendues à perte de vue de salicaires, les vastes prés de lupins, les doux pastels de mauves, les couvre-sols orangés d’épervières et les massifs laineux d’anaphale marguerite ?  Fillette, des fleurs tombaient de mon tablier replié qui n’était jamais assez plein.  Je manquais toujours de mains pour cueillir de nouvelles graminées découvertes sur mon chemin.  Au hasard de ma route, je rencontrais des couverts de coloris tout à fait déconcertants.  À cette époque, nous les prenions peut-être un peu trop pour acquis et d’ailleurs, la question ne se posait même pas.  Ils étaient là pour y demeurer quoi.  Mais voilà, ils furent rasés.  Leurs possesseurs ne veulent plus être dérangés et la mode est à la propreté!

 

Que faire maintenant

Puis, le désir de savourer à nouveau ces beautés oubliées et de revoir l’abondance de fleurs éparpillées, germe en moi.  La folle envie me prend de colorer les grands espaces, d’initier une libre expression à la diversification colorée des fleurs, de naturaliser les gazons trop uniformes, de briser la monotonie des talus de foin fauché, d’animer les paysages banals en bordure des routes et d’agir enfin comme « acteur » à l’enclenchement du cycle vital de la flore.   Commence alors le travail de sensibilisation, d’abolition des barrières culturelles qui engendrent les faux concepts d’une nature désordonnée et débute la valorisation de son aspect quelques fois méprisé dans notre contexte moderne où tout doit être rangé, propre et contrôlé.  Heureusement qu’il y a encore des amants de la nature, ces inconditionnels du naturel, qui savent pleinement reconnaître et apprécier à sa juste valeur ce qu’il y a de plus beau.

Préparation du sol

Pour la préparation du sol, plusieurs approches sont possibles et il demeure à chacun de choisir la sienne selon ses propres critères, ses moyens et le résultat escompté.  Plusieurs facteurs doivent être aussi considérés comme l’emplacement du site, les conditions géomorphologiques et chimiques de la terre et ce qui « dort » comme semences dans le sol.  Plusieurs personnes dans le passé ont eu des surprises à retourner le sol ou à le déchiqueter.  En effet, des semences insoupçonnées en état de dormance ont alors germées, stimulant ainsi la pousse de plants coriaces indésirables comme le chardon, le chiendent ou l’herbe à poux.  Ah, si seulement une technologie de détection de plusieurs types de semences pouvait exister, elle nous faciliterait bien la tâche.

D’autres sèment directement dans le talus de foin, espérant patiemment que leurs semences trouvent une parcelle de terre pour y germer.  On retire cependant des dividendes selon l’effort investi.  D’autres déposent leurs cartons ou leurs papiers journal, y empilent une masse de feuilles déchiquetées et mélangées à de la terre et sèment.  Et enfin, il y a ceux qui ne veulent aucune « mauvaise » herbe et qui arrachent carrément le gazon ou le foin, désirant à tout prix un entretien zéro.  Par contre, en enlevant ainsi le coussin de germination, il faut quelque peu le remplacer en y ajoutant de la terre ou du compost, selon l’argent que nous voulons investir.  Ici, l’effort est pleinement récompensé par le résultat.

 

Que mettre ?

Les plantes annuelles sont bien belles et les champs de pavots sont magnifiques, mais sont toujours un éternel recommencement.  La réussite réside dans un mélange équilibré d’annuelles et de vivaces.  Les meilleures compositions sont les mélanges-maison.  Nous en connaissons le contenu et la date des semences récoltées.  Le produit ne s’avèrera pas un petit sac rempli de sable ou de vermiculite avec quelques semences vieillies dans le fond du contenant habituellement acheté chez les gros dépositaires.  Non, les mélanges-maison sont constitués de semences épluchées et jeunes.  Les couleurs, les hauteurs, les textures et la période de floraison ont été planifiés.  On retrouve ces mélanges-maison dans plusieurs jardins et en autre dans Avoir son champ fleuri de St-Hippolyte.

 

Impact coloré

Les mélanges de couleurs SOLEIL (rouge, jaune, orange) constituent de très beaux tableaux.  Ils peuvent être composés de plantes de moyenne hauteur [environ 60 cm (2 pi)].  Nous y retrouvons des semences de rudbeckies hérissées (Rudbeckia hirta), de coréopsis à grandes fleurs (Coreopsis grandiflora), de gaillardes à grandes fleurs (Gaillardia grandiflora) et de cosmos sulphureux (Cosmos sulfureus).  Il y a aussi des mélanges de plantes courtes [environ 30 cm (1 pi)] comme les mauves musquées (Malva moschata), le lin vivace (Linum perenne), les hibiscus trilobées (Hibiscus trionum), les violette cornues (Viola cornuta), les trolles hybrides (Trollius x cultorum) et les bleuets (Centaurea cyanus). 

 

Jardin de repos

Il y a aussi les mélanges de couleurs PASTELLE (rose, blanc, mauve) composés de célosies argentées ‘Purple Flamingo’ (Celosia argentea ‘Purple Flamingo’), de physostégies de Virginie (Physostegia virginiana), de sauges superbes (Salvia superba), de lin vivace (Linum perenne), de célosies plumeuses (Celosia argentea var. plumosa), des mauves musquées (Malva moschata) et des véroniques en épi (Veronica spicata). 

 

Hautes fleurs

Les mélanges de fleurs hautes [plus de 1 m (3 pi)] sont plus audacieux mais très intéressants. Nous pouvons jouer avec les proportions de types de fleurs pour réussir une bonne combinaison. Il faut porter attention de ne pas trop privilégier une variété au détriment des autres pour qu’elle n’envahisse pas notre champ fleuri  ou devienne trop prédominantes avec le temps.  Dans les pastelles, on y retrouve les grandes marguerites (Leucanthemum x superbum), les tabacs d’ornement (Nicotinia sylvestris), les cosmos (Cosmos bipinnatus), les salicaires (Lythrum salicaria), les échinacées (Echinacea purpurea), les juliennes des dames (Hesperis matronalis), les verveines de Buenos-Aires (Verbena bonariensis) et les digitales pourpres (Digitalis purpurea).  Les vivaces qui sont vulnérables à l’oïdium sont à éviter comme la monarde et les héliopsis.

 

L’ensemencement

Vient alors le moment tant attendu.  Cette journée-là, le sol est préalablement arrosé en profondeur.  Le ciel est couvert de nuages, ainsi le soleil ne brûle pas les semences.  Il n’y a aucun vent.  Aussi, tout risque de gel printanier est passé.  Un autre moment propice à l’ensemencement à la volée est l’automne, après l’été des indiens.  Ainsi, les semences ne germent pas et entrent en dormance sans que le premier gel automnal ne les tue. 

 

Du bout des doigts, le jeu tactile de mélanger les semences commence: de par leurs grosseurs, les plus petites se ramassent dans le fond.  La main est sûre dans son mouvement « prend et lance » qui se répète à intervalle régulier.  La marche est lente.  C’est alors que les semences prennent leurs envolées dans les airs et s’éparpillent sur une terre fraîche qui les attend.  Un léger coup de râteau fait pénétrer superficiellement les semences dans leur nid.  La constance d’arrosage de la pouponnière maintenant exposée aux intempéries est cruciale : une fois la germination enclenchée, les semences ne doivent pas s’assécher.  Débute alors l’attente de la levée des semences qui prend normalement moins d’une semaine pour ce type de fleurs.  Les plantules se font mutuellement une lutte de survie afin d’acquérir chacune leur espace vital.

 

Entretien zéro

Au premier été, c’est le « nursering ».  Quelques fleurs discrètes (annuelles) se montrent le bout du nez, histoire de nous encourager.  Un simple fauchage tard à l’automne pour faciliter l’auto-ensemencement.  L’utilisation d’annuelles qui se ressèment comme la cosmos est un atout. Une seule protection automnale de feuilles garantit la survie aux premières rigueurs hivernales.  L’été suivant (vivaces), c’est le coup de foudre, la récompense, le spectacle!  Les automobilistes ralentissent leurs courses pour se rincer l’œil.  Les mieux équipés pointent leur caméra plein zoom.  Les semences ont été si densément semées qu’il n’y a pas de place pour les mauvaises herbes pour s’y installer.  Au premier été, un simple petit déherbage manuel est cependant nécessaire.  Mais aucun n’est indispensable les étés suivants.  C’est là que réside un des avantages de ce type d’ensemencement.  Un autre avantage est celui de couvrir rapidement une surface, surtout si celle-ci est en pente.  Créer un impact visuel selon l’effet désiré relève d’une bonne planification.

 

Récolte des semences

Au deuxième été, j’identifie alors mes fleurs préférées d’une attache visible à la tige.  Ainsi, lorsque ces plants produisent leurs semences, je récolte ces dernières à leur stade avancé de développement, tout juste avant qu’elles ne tombent au sol.  Le jeu dans cette histoire est que chaque type de semences a sa date de cueillette !  C’est à observer fréquemment pour ceux qui aiment récolter les semences.  Puis vient le moment opportun du fauchage des têtes pour celles  qui sont restées.  C’est le petit coup de pouce d’auto-ensemencement qui assure le renouvellement annuel et le développement rapide du champ fleuri.

 

Du résultat

Aussi, une de mes premières tentatives fut tout un étonnement en découvrant les fleurs de semences inconnues que je m’obstinais à ne pas jeter.  Quelle fut alors ma surprise d’apercevoir des rudbeckies burgundy d’un rouge noir bourgogne si pénétrant.  Aussi, l’effet de masse me bascule encore, m’ébahi et me laisse toujours stupéfaite au croisement d’un champ fleuri.  Peut-on prédire quand reviendront nos champs fleuris d’antan ?  Plusieurs auront alors réalisé qu’ils ont tout à gagner à les protéger, à en créer d’autres et à les préserver.  Ils auront ainsi découvert que les plus grands trésors se tiennent dans le creux de la main et qu’il suffit de les lancer.  Tellement semer que la cueillette de fleurs passe totalement inaperçue, voilà bien ce qu’est un champ fleuri.